Pourquoi fallait-il doter la commune de Fontain d'un blason ? Et pourquoi pas ! La plupart des villes anciennes en sont dotées depuis des siècles, grandes villes comme BESANCON, cités plus modestes comme ORNANS, BAUME-LES-DAMES, et certaines petites communes comme SAONE, ARGUEL, MONTFAUCON, etc. Ce qui signifie généralement qu'elles ont bénéficié dès le moyen-âge de franchises qui consacraient une relative autonomie de gouvernement. Pour la plupart des petites communes, la recherche d'un logo type ou d'un blason correspond à un mouvement récent comme le font de plus en plus les entreprises et d'autres collectivités publiques ou privées, les communes veulent à la fois affirmer leur personnalité, et améliorer leur communication, en se dotant d'une image qui les représente symboliquement. Le blason choisi par le Conseil Municipal de FONTAIN, a été conçu, en réunissant trois éléments. - les armoiries des CHALON, sires d'ARGUEL et autres lieux. - la représentation d'une fontaine. - la silhouette d'un chêne. Dans le langage trés particulier de l'héraldique, le blason conçu pour FONTAIN peut se décrire ainsi:
"De gueules à la bande d'or" Chargée d'un chêne enraciné de sinople" "accompagné en pointe d'une fontaine" "de sable aux eaux d'azur" Encore faut-il savoir que "de gueules" désigne la couleur du fond et signifie "rouge", que "de sinople" veut dire "de couleur verte", et que "de sable" se traduit "de couleur noire". Après la traduction, voyons l'explication. DE GUEULES A LA BANDE D'OR...
Les terres de FONTAIN constituaient au moyen-âge l'essentiel des possessions des seigneurs d' ARGUEL qui n'étaient autres que les Comtes de CHALON, sires d'ARLAY, puissante famille qui domina pendant plusieurs siècles la FRANCHE-COMTE où elle possédait des biens considérables, en particulier à CHATEAU-CHALON et NOZEROY, et détenait les droits d'exploitation sur les Salines de SALINS avec les forêts immenses assujetties à leur approvisionnement en bois de chauffe (forêts de la JOUX, LEVIER, LES MOIDONS, diverses propriétés de l'état). La "forêt du Prince" et les autres propriétés de M. Armand de LAGUICHE sur Fontain sont issues d'un domaine familial auquel étaient rattachés le château d'ARLAY ainsi que la vaste "forêt du Prince" située en HAUTE JOUX, aux confins de MIGNOVILLARD, de BONNEVAUX et de MOUTHE. Ces biens appartenaient au début du siècle aux Princes d'AREMBERT, successeurs des Princes de NASSAU, eux-mêmes descendants de Jean III de CHALON devenu Prince d'Orange en 1393 à la suite de son mariage avec Marie de BAUX... Cette généalogie montre bien la permanence de la présence sur FONTAIN de l'illustre famille aux armoiries "de gueules à la bande d'or... CHARGEE D'UN CHÊNE ENRACINE DE SINOPLE
On sait que les nombreuses fermes dispersées sur le vaste territoire - dénommé "Forêt de Fontain" sont issues du défrichement tardif, au 17ème siècle, d'une vaste forêt seigneuriale qui occupait cette zône très fertile, particulièrement favorable à la croissance des chênes. On peut penser que la richesse de ses futaies l'a longtemps protégée de la déforestation. Ce qui reste de cette antique forêt porte témoignage de sa magnificience: environ 15 hectares de chênaie appartenant à la commune dans une zone inondable (2 mètres de hauteur d'eau pendant plus d'un mois en juin 1985), mais saine et très fertile aux lieux dits"LA TOPE" et "BAS DES RONDEYS". La qualité particulière des chênes poussant dans ce secteur est connue depuis longtemps, car des générations de forestiers, d'affouagistes et de marchands de bois en ont transmis le renom. Très semblables à ceux des meilleurs crus de la Vallée de la SAONE ces chênes pédonculés sont toujours achetés trois ou quatre fois plus chers que leurs congénères des Plateaux du Doubs, car ils comportent une forte proportion de bois de tranche et d'ébénisterie. Déjà sous le Second Empire, la municipalité de FONTAIN se préoccupait de la valeur exceptionnelle de ces bois. En 1868, elle a sollicité de l'Administration des Eaux et Forêts l'autorisation exceptionnelle de faire arracher par le bûcheron les 10 plus beaux chênes parmi les arbres désignés pour la coupe "afin d'en tirer meilleure part et plus grande valeur, attendu que parmi ces arbres de futaie il en existe plusieurs qui en les arrachant seront d'une valeur de 100 à 120 francs et s'ils sont coupés, seront dépréciés du tiers de leur valeur..." Certes, le volume de bille de pied gâchée par l'abattage à la cognée pourrait être conséquent, et 100 francs représentaient à l'époque le double du salaire mensuel de l'institutrice !... Cette qualité particulière a été expliquée récemment ; elle est exceptionnelle pour des arbres qui bénéficient d'une croissance très rapide étant donné la grande fertilité du sol en ce lieu. On sait en effet que les chênes les plus appréciés parce que les plus "tendres" sont généralement ceux qui croissent très lentement. Mais certains individus qualifiés de "chênes paradoxaux" ont la particularité de fabriquer du bois tendre malgré une croissance très rapide. En analysant après carottage le bois de 50 arbres pris au hasard dans les parcelles de LA TOPE, les chercheurs de l'INRA ont découvert en 1982 que cette population d'arbres comportait une proportion exceptionnelle de "chênes paradoxaux": 15 % au lieu de 1 à 2 % habituellement. Ces individus ont été reproduits à l'identique par greffage et leurs copies, clônales plantées en conservatoire afin de vérifier plus tard l'héritabilité de ce caractère particulier et d'utiliser éventuellement cette "banque de gênes", pour la production ultérieure de plants améliorés. Parmi ces chênes dignes d'une telle sélection, il s'en trouvait un qui, en raison de la structure particulière de son bois analysée par radiographie, a été jugé par le Directeur du Laboratoire de Recherche sur la Qualité des Bois de l'INRA comme étant "le plus beau chêne de France". On ne saurait mieux justifier la mise en exergue "d'un chêne enraciné de sinople"... ACCOMPAGNE EN POINTE D'UNE FONTAINE DE SABLE AUX EAUX D'AZUR...
A la pointe du blason, la représentation de la caractéristique la plus évidente de la Commune de FONTAIN, celle qui paraît-il (mais qui en douterait ?) lui a donné son nom : le nombre considérable de sources aménagées en fontaines sur son territoire. On en a compté 11 au total, mais plusieurs d'entre elles ont disparu par destruction volontaire ou par oubli. Sept d'entre elles portent des noms connus des plus anciens, qui chantent agréablement à l'oreille: fontaine de la MASSOTTE, fontaine du CROC, fontaine de la FOULEE DE CHANTOUBIN, fontaine de LA BOUSSE, fontaine de la GOUBADIOTTE, fontaine du BIGAUDEY, etc. Qui saurait retrouver toutes ces fontaines aux noms évocateurs et qui saurait nommer et qui saurait nommer les autres ? Qui saura surtout y faire couler à nouveau "les eaux d'azur" ?
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